Au premier appel à SOLIPAM, près d’une femme enceinte sur quatre n’a rencontré aucun professionnel de santé pour sa grossesse. Plusieurs d’entre-elles sont déjà pourtant dans leur troisième trimestre.
Pour beaucoup, cela est dû à une méconnaissance du parcours de santé en France, aggravée par une barrière de la langue et un faible recours à l’interprétariat professionnel dans les structures de soins et/ou associatives. Pour d’autres, ce sont des difficultés d’accès aux soins du fait de l’absence de couverture maladie, mais aussi un manque d’informations fiables sur leurs droits. Et quid des femmes sous Visa ?
Car il existe, en théorie, des établissements dédiés au suivi de grossesse adaptés pour ces femmes en situation de grande précarité et/ou non-couvertes par l’Assurance Maladie : les centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI). Dans les faits, en globalité sur toute l’Ile-de-France, le manque de sage-femmes en poste est important et des dizaines et des dizaines de PMI sur le territoire francilien ne peuvent assurer de consultations de suivi de grossesse.
ARS, conseils départementaux, quels leviers pour favoriser l’attractivité et le bon fonctionnement de ces structures à la valeur inestimable d’un point de vue santé publique et territoriale ?
L’allié de choix dans ce cas de figure devient donc la maternité publique du secteur, ou du moins la plus proche du lieu d’hébergement ou d’errance de la femme enceinte. Néanmoins, beaucoup trop de maternités franciliennes rencontrent les mêmes difficultés RH ; les inscriptions doivent être anticipées de plus en plus tôt dans la grossesse – ce qui peut être incompatible dans le cas de femmes en errance résidentielle car, comment décider de son lieu d’accouchement quand il est impossible de prévoir où l’on dormira la veille de sa mise en travail ?
En juin 2022, face aux problèmes grandissant de difficultés à l’inscription en maternité pour la population générale d’Ile-de-France, l’ARS lance un dispositif d’urgence, pour palier à la crise, la cellule AIMA : des professionnelles dédiées à trouver un lieu d’accouchement pour les femmes enceintes qui n’y parviennent pas seules ou essuient plusieurs refus. Pensé à l’origine pour un an, ce dispositif a depuis été pérennisé et implanté dans les DSRP départementaux.
Une période de crise en est-elle vraiment une si nous n’en voyons ni la fin, ni le fond ?
Par ailleurs, une fois l’inscription acceptée, les premiers rendez-vous donnés sont généralement très proches du terme, parfois aux alentours de 32 semaines d’aménorrhée. Évidemment, des réponses individuelles sont fréquemment apportées avec des suivis de grossesse précoces à l’hôpital, sous couvert de bons PASS, voire l’admission de la femme enceinte au sein des nombreuses Unité d’Accompagnement Personnalisé (ou assimilées) qui émergent dans les maternités publiques depuis quelques années, sur impulsion de l’équipe médicale déjà en place. L’idée est simple : des temps de consultations bien plus longs et, par conséquent, plus adaptés aux dossiers « complexes » et une expertise pluridisciplinaire sur le plan médico-psycho-social. Les places sont cependant limitées, réalisme logistique et financier oblige.
Mais ne devrait-on pas plutôt œuvrer pour que ce type de prise en charge devienne, un jour, la norme ?
Il est aussi primordial de mettre en lumière les professionnelles sage-femmes qui exercent en libéral et accompagnent ces femmes tout au long de la grossesse, jusqu’au relai à la maternité proche du terme ou en cas de complications obstétricales.
Car quoi qu’en disent certains syndicats de médecins libéraux, la profession de sage-femme reste celle en première ligne pour l’accompagnement des grossesses physiologiques, qui représentent la majorité des grossesses menées à terme. Et dans le cas contraire, la réalité montre un travail main dans la main avec les médecins spécialistes ou généralistes pour la prise en charge des complications, chacun agissant dans son champ de compétences.
Dans un pays où le taux de mortalité infantile augmente encore plus vite pour les femmes en situation de précarité, dans un pays où les « déserts obstétricaux » deviennent de plus en plus importants, le bon sens dirait de plutôt faire corps et de continuer de revendiquer les besoins humains, logistiques et financiers pour que les femmes puissent être suivies et accoucher en sécurité et avec dignité.