Le parcours des priorisations et de l’instabilité
L’an dernier, au moment du premier contact avec SOLIPAM, près de la moitié des familles étaient à la rue et une famille sur 5 était mise à l’abri en court séjour par le 115.
Ces données montrent que, dès l’entrée dans le réseau, le 115 constitue un recours central, souvent dans l’urgence.
À la sortie du réseau, les familles dépendent encore principalement du 115 : la moitié d’entre elles étaient en court ou long séjour par le 115, contre seulement 21% en structure d’hébergement type CHU ou CHRS. Parmi elles, 113 familles ont fait l’objet d’envoi d’alertes aux différents 115 d’Ile-de-France, pour un total de 313 alertes envoyées afin de signaler la vulnérabilité d’une famille et le besoin de mise à l’abri.
Priorisation : quand la vulnérabilité devient un critère de tri
Le cadre unifié régional des SIAO, porté par la Direction régionale et interdépartementale de l’Hébergement et du Logement (DRIHL), formalise depuis janvier 2024 des critères de priorisation et tend à unifier les pratiques entre les différents 115 de la région parisienne. Les femmes enceintes de plus de six mois et les familles avec des bébés de moins de 3 mois y sont reconnues comme prioritaires pour obtenir une mise à l’abri par le 115.
Nous sommes témoins de remises à la rue de familles avec des bébés de plus de trois mois, au motif qu’elles ne seraient plus « prioritaires » face à d’autres situations jugées plus urgentes. Cette logique interroge profondément.
Harmonisation sur le papier, disparités encore criantes selon les départements
Malgré la mise en place d’un cadre unifié, nous constatons toujours des pratiques sensiblement différentes d’un département à un autre, entre autres :
- Fonctionnement déclaratif
- Transmission de fiche de recueil médico-social par un.e professionnel.le sage-femme de PMI ou assistant.e social.e de maternité
- Envoi de plusieurs documents administratifs afin de prouver son ancrage sur le département (ce que de nombreuses personnes ne sont pas en mesure de fournir)
- Circuit d’accès au 115 uniquement via le service social de secteur départemental (qui refuse les personnes en situation irrégulière)
Les durées de mises à l’abri hotellières varient également selon le département : changement d’hôtels hebdomadaires, bi-hebdomadaire, mensuel. Les chances de stabilisation ne sont pas les mêmes non plus si une femme enceinte est seule ou accompagnée d’un conjoint.
L’hébergement d’urgence est inconditionnel dans la loi. Il ne devrait dépendre ni de l’âge exact d’un enfant, ni d’une hiérarchie fluctuante des vulnérabilités. Lorsque le manque de moyens crée une logique de priorisation, celle-ci devient structurelle et permanente.


